Eau et viticulture : l’innovation collective au service de la résilience du vin et de la vigne

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Comment adapter la viticulture à une ressource en eau plus rare sans compromettre la compétitivité des exploitations ? Le 16 juin dernier, la Métropole de Montpellier en partenariat avec le cluster Vinseo et les pôles de compétitivité Aqua-Valley et Agri Sud-Ouest Innovation a réuni acteurs publics, chercheurs et professionnels autour des enjeux de la filière viti-vinicole.

Cette rencontre co-organisée avec Aqua-Valley et Agri Sud-Ouest Innovation, par la Métropole de Montpellier et Vinseo, avec le soutien de la Région, avait pour ambition de “ rationaliser, innover et relier technique, gouvernance et économie autour de la ressource en eau ”.

 

S’adapter au changement climatique : un enjeu déterminant 

Évolution des marchés, contraintes environnementales, maladies, difficultés de renouvellement générationnel et pression climatique, c’est une véritable polycrise que connaît la filière viticole. Les conséquences sont déjà visibles avec des revenus en baisse, une rentabilité dégradée et d’importants programmes d’arrachage.

“ La compétitivité des vignobles est menacée par le changement climatique.” Jean-Marc Pouzard, économiste et directeur de recherche à l’INRAE

Avec une hausse des températures déjà supérieure à 2 °C en Occitanie, les perspectives se tendent, sans compter la baisse des débits hivernaux, les tensions entre usages agricoles, urbains et environnementaux… la pression sur la ressource en eau s’intensifie. 

Selon les scénarii présentés, la viticulture pourra se maintenir à condition d’adapter cépages, pratiques culturales et modes de gestion de l’eau. Mais l’irrigation ne peut constituer une réponse universelle. “ Elle n’est ni généralisable, ni forcément prioritaire ”, compte tenu de la disponibilité limitée de la ressource et de la concurrence entre usages.

 

Accès à la ressource, sobriété et innovation :

les nouveaux facteurs clés 

“ Aujourd’hui seulement 20 % du vignoble est irrigué et il y a de nombreuses zones orphelines : en moyenne, 37% du vignoble n’a pas accès à la ressource.” Marine Pithon-Guergachi, Chambre Régionale d’Agriculture Occitanie

Pour ceux qui ont accès à la ressource, le défi n’est pas gagné pour autant. Les différents acteurs représentant l’Institut Français de la Vigne et du VinBRL Exploitation, la Régie des eaux de Montpellier, ou encore la Chambre d'agriculture de l'Hérault évoquent les objectifs de rendement, les coûts, les contraintes et les limites.

Face à ces défis, une approche systémique de la gestion de l’eau est nécessaire. Les besoins futurs imposent d’investir notamment dans le pilotage de l’irrigation, les outils d’aide à la décision, la rénovation des réseaux et des solutions plus expérimentales.

“ J’irrigue mes vignes avec des eaux usées traitées issues de la station d’épuration. Cela fonctionne déjà, le vrai problème est l’acceptabilité.” Jean-Claude Mailhol, viticulteur à Murviel-lès-Montpellier

 

L’émergence de nouvelles solutions portées par un écosystème particulièrement engagé

Plusieurs entreprises innovantes ont ensuite présenté leurs solutions. À l’image d’Amoterra qui travaille sur la renaturation des sols à l’aide de champignons, Geomatys qui développe un nouvel outil d’aide à la décision via des données satellitaires ou encore Sun’Agri avec de l’agrivoltaïsme dynamique permettant de diminuer notamment l’évapo-transpiration.

Sur les outils de monitoring : ITK a évoqué l’anticipation par modélisation, tandis que Fruition Sciences utilise la plante comme capteur du flux de sève pour différencier stress hydrique et stress thermique. Flutilliant met à disposition des données dans le cadre d’une plateforme en open source.

Chemdoc propose des solutions de recyclage et de potabilisation des eaux, Ingévin accompagne l’adaptation des méthodes et leur optimisation pour réduire les besoins et enfin, ICV complète les optimisations de process sur le volet hygiène, 1er poste de consommation d’eau au niveau des chais.

Dans une région méditerranéenne fortement exposée aux effets du dérèglement climatique, la filière viticole doit accélérer sa mutation. Si le diagnostic partagé est préoccupant, les échanges ont surtout mis en lumière une réalité : de nombreuses solutions existent déjà. Pilotage de l'irrigation, optimisation des usages, réutilisation des eaux usées traitées, innovations agronomiques ou nouveaux outils numériques, l'enjeu est désormais de les déployer à plus grande échelle et de construire de nouveaux modèles économiques. 

Grâce à la coordination remarquable soulignée par les participants et fort du succès rencontré par l'événement, d’autres rendez-vous seront prochainement organisés afin d’accompagner les acteurs de la filière.